En mars 2018, nous avions publié un blogpost sur le phénomène des nouveaux médias au format vidéo, uniquement présent sur les réseaux sociaux. À l’occasion du lancement de notre nouveau site Internet, nous avons voulu vérifier où en était cette tendance deux ans plus tard.

En 2019, Brut a vu jaune

2018 et 2019 ont définitivement été les années qui ont propulsé Brut sur le devant de la scène, et les fondateurs peuvent en partie remercier les gilets jaunes pour cela.

En effet, si l’ensemble des médias s’est intéressé aux manifestations des gilets jaunes, seul Brut a été capable de s’attirer les faveurs des manifestants, comme le démontre ce sondage réalisé par Eric Drouet sur sa page Facebook, plaçant Brut en tête « des médias libres qui pourraient poster » leurs contenus « sur une page média des gilets jaunes ». Il faut savoir que ce sondage se place dans un contexte de perte de confiance pour l’ensemble de la presse et des médias : le baromètre 2020 de la confiance dans les médias réalisé par Kantar pour La Croix met en évidence que 4 Français sur 10 se détournent de l’information.

Pour en revenir à Brut, ce résultat a notamment été rendu possible grâce à Rémy Buisine, journaliste qui s’est fait connaitre en 2016 avec ses vidéos relayant les assemblées générales du mouvement « Nuit Debout » via l’application Periscope. Dès la première manifestation, il a été sur le pied de guerre pour décrypter en temps réel et sous toutes ses coutures ce mouvement citoyen d’un nouveau genre, essuyant les gaz lacrymogènes des CRS et autres violences.

Samedi après samedi, Brut a renforcé sa confiance auprès des gilets jaunes et du grand public, touchant jusqu’à 20 millions de personnes et réussissant ainsi à transformer son image de média social réservé aux millennials pour devenir une source d’information fiable.

Cette année 2019 s’est terminée pour Brut par une levée de fonds de 40 millions de dollars pour accélérer son développement aux États-Unis. En octobre 2019, Brut communiquait sur les chiffres suivants : 30 millions de spectateurs actifs quotidiens dans le monde et des vidéos visionnées 1,1 milliard de fois au mois de septembre.

Fin du buzz pour Maxime Barbier et Laure Lefèvre, fondateurs de Vertical Station

Tout n’est pas aussi rose pour le secteur des médias vidéo et digitaux. Prenons Vertical Station par exemple (anciennement « MinuteBuzz »). Si, en janvier 2018, Maxime Barbier déclarait à l’ADN que le changement d’algorithme de Facebook n’affecterait en rien les contenus de MinuteBuzz, du fait de l’engagement de sa communauté, et des liens étroits de son fondateur avec les dirigeants européens de Facebook, force est de constater qu’il en fut autrement.

En effet, c’est sa forte dépendance à Facebook et la visibilité réduite de ses contenus liée au nouvel algorithme qui ont eu raison de MinuteBuzz, ou plutôt de ses fondateurs. Ces derniers se sont fait évincer de l’entreprise par TF1 fin 2019, la chaine de télévision ayant une participation majoritaire depuis 2016. Toutefois, il semblerait que « la hache de guerre soit enterrée », pour reprendre les termes de Frenchweb, puisqu’un accord aurait été trouvé entre les deux parties, TF1 rachetant les 29 % détenus par Laure Lefèvre et Maxime Barbier, pour passer ainsi à 100 % du capital du site de vidéos sur Internet.

YouTube, king of the game ?

Une des grosses évolutions récentes est la transformation de YouTube d’une plateforme dédiée principalement au divertissement (pour ce qui concernait les chaines les plus suivies) en une source importante d’information. Même en occultant les contenus en provenance de la télévision, les vidéos liées au décryptage de l’actualité sont en constante progression comme HugoDecrypte qui n’hésite pas à se rendre au Liban pour rencontrer directement les victimes de l’explosion d’une partie de la ville ou AudeWTFake qui cherche à créer une rédaction citoyenne antifake.

Et les autres ?

Dans notre blogpost, nous vous parlions également d’Explicite, de Monkey ou encore de Gneu. Malheureusement pour eux, ils n’ont pas connu le même succès que Brut. Le 31 janvier 2019, Le Monde annonçait dans un article la fermeture d’Explicite, média d’information en ligne, et ce moins d’un an après son lancement. Les raisons de cette cessation sont multiples : manque d’investissements, nombre faible d’abonnés (Explicite étant devenu payant en septembre 2018) et une ligne éditoriale floue. Cet exemple, tout comme celui de Vertical Station, témoigne de la difficulté pour un média en ligne de trouver un modèle économique viable. Si tout semble bien aller pour Brut, avec l’annonce en début d’année de la volonté de diversifier ses activités en lançant un podcast en partenariat avec Spotify, on peut se poser la question de la viabilité du média et de son modèle sur le plus long terme.

Enfin, pour ceux qui regrettent Gneu, le média parodique qui reprenait les contenus de Brut pour remplacer les textes par des « gneu gneu gneu », sachez qu’il a été remplacé par Broute, média digital satirique diffusé en ligne et également sur Canal+, qui détourne les revendications sociétales actuelles. À regarder pour une bonne dose de rires !

 

Alexandra Corbelli